Cérémonie ayahuasca - L'expérience de Marine


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Voici le service de Marine

Retranscription texte de la vidéo : 

Anthony : La première question que je veux te poser, pour les gens qui ne savent pas du tout ce qu'est l'ayahuasca, qu’est ce que c’est et comment ça se déroule ? On parle de “cérémonies d’ayahuasca” c’est bien ca ?

Marine : En général, il y a entre 10 et 20 personnes, parfois un peu plus. Ça commence souvent à la tombée de la nuit, donc, une fois que le soleil s'est couché. Et ça dure au moins six heures. Parce qu'en fait, les effets psychotropes de la plante durent six heures. Il y a toujours un “maître de cérémonie”. Mais, en fonction des pays, on l’appelle différemment. Ensuite, en fonction des cultures, il va y avoir, soit une seule personne qui va accompagner avec de la musique, des chants, soit plusieurs personnes qui vont accompagner, pareil, avec de la musique, des chants, des instruments. Il peut y avoir aussi d'autres personnes qui vont être là uniquement pour faire des soins, pour accompagner les personnes. Grosso modo, c'est des gens qui guident la cérémonie et 20 personnes qui sont allongés sur un matelas et qui vont faire un voyage pendant six heures.

Anthony : Ce que l’on appelle “ayahuasca” c’est la plante, c’est ca ? 

Marine : Ce qu'on appelle l’ayahuasca, c'est la plante, c'est la liane qu'on trouve dans la forêt amazonienne. L’ayahuasca est toujours mélangée avec une autre plante qui s'appelle la Chacruna. Et c'est la Chacruna qui vient réveiller les effets de l’ayahuasca et qui vient provoquer une réaction dans le cerveau, qui fait que le cerveau va assimiler les effets psychotropes de la plante. Alors, scientifiquement, je ne saurais pas te dire exactement comment ça se passe, mais ce qui est sûr, c'est que sur les 3000 plantes qui existent dans la forêt amazonienne, il y en a deux qui vont ensemble pour pouvoir faire cette médecine, et en gros, les indigènes, à l'époque, ont trouvé ces deux plantes sur les 3000 qui existent.

Anthony : Comment es- tu venu à vouloir faire des cérémonies ? Mine de rien, ce ne sont pas des petites expériences, je pense. Pour avoir vu plusieurs témoignages de personnes qui ont pu le faire, c'est quand même des grosses expériences.

Pourquoi as tu décidé de participer à ce type d'expérience?

Marine : J'ai beaucoup voyagé en Amérique du Sud et notamment au Pérou, et on va dire qu'aujourd'hui, c'est le Pérou qui est le pays le plus développé pour proposer de l’ayahuasca aux Européens. Et au fur et à mesure de mes voyages au Pérou, forcément, j'ai entendu parler de l’ayahuasca. Ce n'est pas la première médecine que j'ai prise, la première médecine que j'ai prise, c'était le San-Pedro. On dit que l’ayahuasca est la “Madre” et le “San-Pedro” est le “Padre”, donc c'est une énergie masculine. Et l’ayahuasca, elle m'a toujours fait peur. Notamment par rapport à ce que j'avais vu, avec pleins de témoignages, pleins de films, etc. Alors, j'ai commencé par le San-Pedro, qui a été l'expérience où j'ai eu le plus peur, le jour où j'en ai pris, parce que je n'avais jamais pris de drogue avant ça. De plantes psychotiques en tout cas. Et donc, la troisième fois ou je suis revenu au Pérou, juste avant de partir, tous les gens que je croisais me parlaient tous de l’ayahuasca. Donc, je me suis dit que c'était sûrement le moment et en fait, quand je suis parti, je me suis dit je vais rester ouverte, et je ne vais pas forcément provoquer la rencontre. Je vais voir ce qui vient a moi. Et puis, en fait, en cherchant un logement de couchsurfing, je suis tombé sur un couple qui organisait des cérémonies d’ayahuasca. Et même si j'étais morte de trouille ce jour-là, je sentais au fond que ça m'appelait et que c'était le bon moment. Et il y a des moments comme ça où c'est tellement fort, c’est comme un appel, parce que la plante, elle, nous appelle vraiment. On sent vraiment cet appel à l'intérieur de nous et cet appel nous aide à vraiment dépasser nos peurs. Parce que je ne connais personne aujourd'hui qui a fait une première cérémonie d’Ayahuasca sans avoir peur.

Anthony : Tu as toujours l’appréhension de ce que tu vas vivre dans l'expérience, c’est sûr. C'est quand même des choses qui sont très, très fortes. Donc oui, forcément, ça donne une certaine appréhension. Alors comment ça s'est passé pour toi la première fois que tu en as pris ?

Marine : Souvent il y a deux appréhensions avant une cérémonie. La peur de l'inconnu parce qu'on ne sait pas ce qui va se passer. Et la peur de lâcher prise, parce que quand on prend de l'Ayahuasca, forcément, il n'y a aucun contrôle possible. Donc c'est vraiment les deux peurs qui viennent nous chercher. Et j’en rajouterai une troisième, la peur de s'affronter soi-même. Parce qu'en fait, l’ayahuasca, c'est comme mettre un miroir à l'intérieur de nous mêmes, mais jusque dans nos profondeurs les plus noires. 

Et du coup, forcément, il faut être prêt à se voir dans ce miroir. 

On dit qu’avec la plante, au début, la première cérémonie, c'est une prise de contact. Donc, en fonction des gens, il y a des gens qui ne vont rien sentir parce qu'ils ne sont pas forcément prêts. Et puis, avec d'autres personnes, elle va être très douce, très dans l'accompagnement et elle ne va pas faire vivre de choses trop dures. Et c'est ce qui s'est passé, en fait. Et à la fin de la première cérémonie, je me suis dit je veux travailler avec ces plantes toute ma vie. Alors forcément, suite à ça, j'ai cherché d'autres endroits où je pouvais en faire. Et puis après, les autres n'ont pas été comme la première. Mais la première, c'est toujours une prise de contact. Et donc, c'est pour ça que les gens qui veulent vraiment connaître cette médecine, c'est toujours bien de faire au moins deux cérémonies parce que la première, ça va être bonjour, enchanté. Et la deuxième, on va vraiment aller en général un peu plus profond.

Anthony : J'ai vu plusieurs documentaires où les gens qui partaient comme ça faire des cérémonies, faisaient trois ou quatre cérémonies, je crois, qui étaient programmés quasiment à un jour d'intervalle, c'est-à-dire une séance tous les soirs pendant trois jours, il me semble. Je me demandais justement pourquoi ce n'est pas juste une fois, une expérience. Peut être aussi que la première fois, je pense, ils prenaient une dose certainement beaucoup moins forte que les cérémonies suivantes. 

Marine : En fait, c'est souvent ce qui est proposé, que ce soit en Europe ou en Amérique du Sud, c’est souvent des retraites de quatre jours où il y a trois cérémonies en quatre jours. Donc, ça remue pas mal. Il y aussi des espèces de retraite sur une semaine où il y a par exemple, trois cérémonies sur une semaine. Donc, c'est un peu plus espacé. Mais le fait de faire trois cérémonies, c'est bien, parce que la première ça va être la prise de contact, la deuxième, on va dire que ça va être un nettoyage, et puis la troisième, on va vraiment plonger beaucoup plus facilement et aller vraiment chercher ce qu’il y a à chercher.

Anthony : Toi, aujourd'hui, tu as fait combien de cérémonies en tout ?

Marine : J'en ai fait une vingtaine en un an.

On va dire que l’ayahuasca, c'est un chemin pour les personnes qui ont beaucoup de courage et qui aiment aller vite. C'est un chemin parmi tant d'autres et moi, comme je ne suis pas très patiente, que j'aime aller vite et bien, on va dire que ça a été un outil qui m'a plu de suite. Et puis après il y a aussi tout l'aspect forêts amazoniennes auquel je suis hyperconnecté. Et puis après, il y a l'esprit de la plante, car on dit que l’ayahuasca, c'est un esprit qui s'est incarné dans une plante. Et en fait, cet esprit, soit il nous parle, soit il ne nous parle pas.

Et moi, à partir du moment où je l'ai pris la première fois, je pense que déjà, dans d'autres vies, j'ai beaucoup travaillé avec elle aussi. C'était comme une retrouvaille. En fait, je l'avais tout le temps avec moi.

Anthony : Quand tu dis “aller vite”, c’est aller vite dans quoi, dans ton évolution ?

Marine : Dans ton évolution, oui. 

Anthony : Comme tu dis, à mon avis, c'est des expériences, parce que j'ai vu aussi des gens qui l’avaient un peu mal vécu ou qui avaient eu des gros “bad trip”, et ils regrettaient un peu, finalement, de l'avoir fait. 

Il y a en effet un peu de “mode” aujourd'hui, et il y a beaucoup de gens qui se dirigent là dessus sans trop savoir ce qu'ils viennent chercher. Je ne pense pas que ce soit fait pour tout le monde. Pour avoir vécu aussi dernièrement une grosse expérience, pas avec de l’ayahuasca mais avec de la psilocybine, qui a des choses similaires, finalement, mais qui reste une expérience quand même différente. C'est quand même des choses qui te retournent complètement et qui peuvent être dangereuses, je pense. On ne le dit pas assez souvent parce que en ayant vécu cette expérience qui était très, très puissante et largement au delà de tout ce que j'aurais pu imaginer, j'ai quand même vu la dangerosité qu’il y avait derrière ce type d'expérience où tu arrives dans des états complètement modifiés de conscience et où ben voilà, tout peut arriver.

Alors je pense que c'est très important, déjà, dans un premier temps, d'être bien entouré par des personnes qui sont là et qui vont veiller sur toi, parce que tout peut arriver finalement dans des moments comme ça.

Enfin, je ne sais pas si toi tu as vu des gens qui étaient avec toi et qui ont eu des mauvaises réactions, des bad trips, et qui ont regretté cette expérience.

Marine : Je dirais que le plus important, c'est de trouver la bonne personne avec qui faire une cérémonie. Que la personne soit dans le cœur, et surtout que toi, tu sente dans ton corps que ton corps a envie d'aller vers cette personne. En général, les meilleurs “Mastro”, c'est souvent les personnes les plus simples, c'est-à-dire un Saman qui est vêtu de plein d'habits traditionnels, ça ne veut absolument rien dire. 

Le mec que j'ai rencontré à Tarapoto, quand je l'ai rencontré, il était en tongue, en marcel et en short, et c'est un mec qui est incroyable dans la manière dont il a mené la cérémonie parce qu'il était plein d'amour. Je dirais que c'est la première porte d'entrée. Et quand j'étais au Pérou, j'ai d'abord été à Iquitos, qui est LE lieu pour prendre de l’Ayahuasca. J’avais été dans la forêt pendant trois jours et la veille de la cérémonie, je ne sentais pas du tout le truc. Je ne sentais pas le mec. Je ne sentais pas l'endroit. En fait, je me suis donné la possibilité de dire non et de rebrousser chemin au dernier moment. Et ça, c'est hyper important de savoir que jusqu'au bout, même si on va à la cérémonie, si on ne le sens pas, on peut même dire non. Ça demande beaucoup de confiance en soi et beaucoup d'affirmation, mais c'est possible.

Et ensuite, par rapport à la dangerosité. En fait, tout est une question de dose et de dosage. En fonction des pays, la dose n'est pas la même.

La densité en Colombie est très forte. Au Pérou, elle est un peu moins forte. Ça dépend de notre sensibilité, et est ce qu' on a déjà pris des drogues avant. Est ce qu'on est hyper ouvert et dès que l’on prend quelque chose on le ressent de suite. Ça dépend de notre mental et de sa capacité à bloquer ou non. On va dire, il y a quand même peu de chances pour qu'il se passe quelque chose de grave. La seule chose qui est complètement interdite, c'est avec des antidépresseurs. C'est impossible. Et ensuite, on va dire qu'il y a autre chose aussi. C'est tout ce qui est drogue pour les consommateurs de cocaïne, d'herbe ou de choses comme ça, ça ne va pas du tout aller avec cette plante là. L'alcool non plus. 

Il y a toute une diète à faire aussi, mais on va dire que si on a consommé d'autres drogues avant, ça peut être dangereux. Si on est sous antidépresseurs, ça peut être dangereux. Et ensuite, si on prend une énorme dose par rapport à notre sensibilité, ça peut être dangereux aussi. Mais c'est tout.

Après, c'est plus une question d'intensité de l'expérience et de comment est ce que je vis l'expérience? Et là, en fait, ça dépend encore de deux choses : La première, c'est est ce que tu as déjà fait un travail sur toi? Si tu n'as jamais fait de travail sur toi, c'est comme si d'un coup tu allais ouvrir la boîte de Pandore et il y a tout qui pète et ça, c'est, je pense, le cas des gens qui veulent expérimenter l’ayahuasca comme une expérience de vie, mais qui n'ont jamais été voir ce qu'ils ont à l'intérieur, tous les cartons qu'il faut ranger. Forcément, pour ces personnes-là, ça fait PAF. Du coup, ben ça fait vomir et ça fait vivre plein de choses de manière hyper intense.

Alors qu'à l'inverse, si tu as déjà été voir un petit peu ce que tu as à l'intérieur de toi, ça risque d'être un peu plus doux.

Après, je mets des nuances sur le mot doux parce qu'il y a encore autre chose qu'il faut savoir. C'est que l’ayahuasca te fait vivre l'expérience de la même manière dont toi, tu vis ta vie. Donc, si t'as la croyance que pour évoluer, il faut vivre les choses dans la dureté, si tu as la croyance qu’il faut que ce soit absolument intense pour prouver que ça marche, si il faut que tu sois un guerrier et que tu boive beaucoup, parce que si tu ne fais pas ça, eh ben, tu ne vas pas au bout. La plante, elle te le fait vivre exactement de cette manière là. Par contre, si tu es convaincu que ça peut être dans la douceur, que tu peux prendre le temps que t'es pas obligé de vivre et de voir des choses horribles pour avancer, la plante va te le faire vivre de cette manière. C'est un excellent miroir de comment toi tu mènes ta propre vie et de comment tu vois la vie de manière générale, au delà d'être seulement un miroir de toi même.

Anthony : Toi, par exemple, qu'est ce que ça t'a apporté personnellement? Tu as eu des libérations, des blocages qui se sont enlevés, tu as eu des révélations sur ta direction personnelle, professionnelle, ton futur ? Quels sont vraiment les bénéfices que tu as pu en tirer?

Marine : On va dire que moi, il y a eu un avant et un après. Tout l’avant, c'était ma phase d'éveil pendant 3 ans ou là, c'était pas forcément très doux. Mais voilà, je ne prenais pas le temps non plus. Mais c'était comme si j’étais au volant d’une 4L.

Et puis, quand j'ai rencontré l’Ayahuasca, par contre, on m'a mis au volant d'une Ferrari et je ne savais plus du tout où j'allais. Et il se passait plein de choses et plein de changements. Et émotionnellement, je compare un peu ça a un saut en parachute ou pour ceux qui, du coup, ont sauté en parachute, tu as d'abord la chute libre qui fait hyper peur, mais qui est assez intense et assez kiffante. Et ensuite, on ouvre le parachute. Et là, c'est l'extase à l'état pur. Une cérémonie Ayahuasca, c'est un peu le même principe. C'est le début du saut dans le vide. Tu sautes dans l'inconnu. C'est hyper intense, ça fait hyper peur. C'est toute la première phase ou en fait, tu vas affronter tes peurs. Et ensuite, une fois que cette phase là est passée, il y a une espèce de porte qui s'ouvre et là, on commence à se connecter avec des visions. On commence à se connecter à un savoir universel qu'on a oublié et là, c'est la partie ou le parachute s'ouvre et là, c'est juste l'extase.

C'est comme retrouver, je pense, notre état primitif d'être connecté et multidimensionnel, qu’on a tous oublié. 

Et donc, moi, qu'est ce que ça m'a apporté en fait? Le premier truc que la plante m'a montré, c'est qu'en fait, au fond demoi, dans une part très, très, très inconsciente, je n'avais pas envie de vivre. En fait, je m'étais coupé de tout ce qui fait que tu te sens vivant. Donc déjà, mon corps, je n'étais pas hyper copine avec lui. Tout ce qui est joie, je laissais rentrer juste assez pour me sentir en joie, mais pas assez pour me sentir vraiment vivante. Tout ce qui était ressentir les choses, pareil, je me coupais. Et donc, en fait, elle est venue me chercher là dessus. Et elle m'a demandé de me demander pourquoi est ce que je vis, c'est-à-dire si tu enlèves ton job, tes proches, tes enfants, ton mec... Parce qu'en fait, tout ça, c'est des choses qui nous définissent et qui donnent un peu un sens à notre vie. Donc, elle est venue me chercher et elle m'a dit si on t'enlève tout ça, si tu es toute seule sur une île déserte, pourquoi tu vis, pourquoi tu te lèves tous les matins? Et voilà, j'ai trouvé la réponse à cette question là. Donc, pour moi, c'est le fait de ressentir justement que ce soit agréable ou désagréable, juste le fait de pouvoir ressentir les choses.

Et à partir de là, je pense que j'ai vraiment pleinement accepté d'incarner qui je suis. C'est-à-dire qu'avant tu avais un monde de rouge, et puis moi, j'étais bleu clair, et j’essayais un peu de me fondre parmi les rouges en disant moi, je suis bleu clair, mais bon, ça passe encore. Et en travaillant avec l’ayahuasca, en fait, elle m'a dit clairement toi, t'es bleu et t'as rien à voir avec les rouges. Donc tu vas arrêter de tout gâcher avec les rouges et tu vas incarner vraiment ton bleu. 

Anthony : C'est intéressant parce que je pense qu'au final, chaque personne qui va vivre ce type d'expérience va avoir une expérience, finalement, qui va être totalement différente parce que c'est vraiment en fonction de ce qu'on a travaillé, mais aussi des blocages qu'on peut avoir, des craintes, des peurs. Du coup, l'expérience que toi tu vis est totalement différente de la mienne, de quelqu'un d'autre, etc. 

Quand tu es pendant ces six heures après avoir bu l'Ayahuasca, qu'est ce qui se passe? Est ce que tu es projeté? Tu vois quelque chose de totalement différent de l'environnement où tu es ? ça se passe vraiment dans la tête ? Tu vois des images? Comment ça c’est passé pour toi? Parce que je suppose également que c'est peut être différent pour d'autres personnes.

Marine : Ouais, c'est un peu différent pour tout le monde. Il y a des personnes qui vont avoir uniquement des sensations physiques, d'autres qui vont avoir uniquement des visions, d'autres qui vont avoir des visions les yeux ouverts, d'autres les yeux fermés. De manière générale, ce qui est sûr, c'est que ça réveille tous les sens. Donc, au niveau de l'ouïe, au niveau de la vue, ça, ça va se réveiller. En tout cas moi ce que ça me fait, c'est que ça me donne accès à une vision totale de l'autre monde, du monde fictif, donc je vois tout. Quand il y a de la musique, je vois les ondes, comment les ondes bougent dans la pièce, comment est-ce qu'elles entrent en résonance dans le corps de chaque participant, dans mon corps à moi. Je vais voir les différentes connexions qui existent entre chaque personne. Voilà, ça c'est pour le côté matériel.

Et puis après, c'est des visions. La plante te montre toujours ce que tu es prêt à voir. Elle te fait toujours sentir ce que tu es prêt à ressentir, ce que tu es prêt à travailler. Et ça, c'est son côté très bienveillant. C'est pour ça qu'on appelle la Madre d’ailleurs. Elle te fera jamais aller dans un endroit où tu n'as pas envie d'aller, vraiment au fond de toi.

Mais on va dire que du coup, pour répondre à ta question, c'est beaucoup de vision en fonction des gens. Beaucoup de ressenti. Et ensuite, les processus ne sont pas forcément les mêmes. Il y en a qui vont rester six heures bloqués dans une peur. Parce qu'ils ne vont pas avoir ce mécanisme de dire OK, ça, c'est une peur. Je l'accueille, je l’observe et pouf, elle s'en va.

Et puis d'autres qui, comme moi, par exemple, vont avoir une capacité d'introspection. Et à chaque fois que la plante va montrer quelque chose, hop, tu t'en détaches. Tu dis OK, ça, c'est une peur. Je la vis, je plonge dedans, elle s'en va, et puis hop elle t'en amène une autre, et tu dis OK, ça c'est cette peur là, OK, je m'en détache, je l’accueille et pouf ca part. 

Mais en fait, toutes les expériences sont toutes hyper différentes et en plus, ça dépend même pas de la dose que tu prends. Ça dépend de tellement de choses. Et il y a des trucs que tu vis qui sont inhumains. Mais en fait, si, c'est ultra humain, c'est juste qu'on a oublié et c'est incroyable.

Anthony : J'ai parlé à plusieurs personnes qui ont fait des expériences de ce type là, dont des personnes qui arrivent à se mettre dans des états assez profonds également, sans rien consommer, donc sans prendre aucune de ces substances comme l'ayahuasca par exemple, et qui arrivent à vivre des expériences assez incroyable, par exemple en méditation. Est ce que tu penses qu'on peut accéder à des états comme ça et venir débloquer aussi rapidement, naturellement, sans substances?

Marine : Je pense que l’ayahuasca c'est une médecine à part entière, avec un esprit, une manière de faire ça, c'est le côté vraiment médecine. Et rien ne remplace ça.

Par contre, ça a un autre côté, on va dire "béquille", pour amener un état de conscience modifié. Ça, effectivement, il y a d'autres chemins pour y accéder, il y a des techniques de respiration, il y a des techniques de méditation de pleine conscience. J'ai entendu parler aussi d'une technique avec des ondes sonores qu'on me balance dans les oreilles. Il y a plein de chemin à faire pour arriver à cet état de conscience modifié. 

Pas plus tard que dimanche dernier, j'ai fait un voyage chamanique, juste avec du rap, et un tambour. Le tambour chamanique aussi, c'est un excellent moyen d'accéder à cet état. Dimanche dernier, j'ai fait un voyage de l'espace, digne d'un voyage d’ayahuasca, et pourtant, je n'avais rien pris. Donc oui, il y a d'autres chemins et je pense que quand tu prends l’ayahuasca, à terme, enfin, moi, mon but, c'est de pouvoir appliquer tous les enseignements de cette plante, notamment dans le fait de guérir.

Donc là, je sais que c'est juste un chemin que la plante m’enseigne, mais qu'ensuite, je vais la laisser pour continuer sans elle.

Anthony : De toute manière, c'est toujours un passage. Je ne connais pas de personnes qui, toute leur vie, font des cérémonies d’Ayahuasca. Si tu vis une expérience une fois, deux fois, trois fois, un passage de ta vie, mais je ne connais personne qui a continué à faire des cérémonies ou des expériences de ce type par la suite.

Marine : Je pense que ça dépend de ton chemin de vie. Je pense que 80% des gens, c'est ça. Tu travaille pendant 1 an ou 2, ou même des fois une seule cérémonie peut te changer la vie.

Et puis après, il y a d'autres personnes qui vont justement travailler toute leur vie avec la plante. Après, on va dire qu'au bout d'un moment, tu sors du cadre cérémonial et tu te fais tes propres cérémonies et tu travailles tout seul parce que quelque part, t'as plus besoin des chants, de l'accompagnement musical, etc. T'es en capacité de créer ton propre espace énergétique, t'es en capacité de garder ton centre et puis d'aller chercher au fond de toi ce que la plante veut montrer sans l'aide de personne. Et ça, c'est un travail que tu peux continuer à faire. Du coup, moi c’est ce que je vais faire, je vais continuer là, par exemple.

Et puis après, je pense que ceux qui sont amenés à faire des cérémonies Ayahuasca, eux, ils vont prendre de l’ayahuasca toute leur vie, c'est ce qu'ils font d'ailleurs dans la forêt, ils en prennent à partir de 6 ans, jusqu'à par exemple en colombie, ce qu'on a été voir là bas il y a un mois, le doyen, il a 107 ans, et a 107 ans il continue de prendre de l’ayahuasca. Il continue d'animer des cérémonies. Il continue à chanter, à jouer de la guitare pendant deux heures d'affilée. C'est assez dingue.

Jamais je n'aurais pensé faire 20 cérémonies en un an. Je crois qu'à chaque fois que je faisais une cérémonie, le matin, quand j'arrivais, je me disais Mais qu'est ce que je fais la? Et pourquoi je suis encore foutu dans ce truc? Parce que c'est le mental qui y a des résistances.

Et puis je finissais par me dire j'arrête parce que là, tu fais quoi? Mais non, je sentais l'appel de la plante et mon mental émettait autant de résistance.

Anthony : Et tu a pu en tirer des bénéfices à chaque fois, on tu a eu des cérémonies qui n'ont pas été très bénéfiques ou tu n'as pas ressenti grand chose ou tu n’as pas tiré de leçons intérieurement ?

Marine : A chaque fois, ça a été un saut en parachute.

Mais parce que je pense que ça dépend aussi de la capacité de chacun à rentrer dans le processus et à vraiment faire le taf. Quand tu fais une cérémonie d’Ayahuasca, pour moi, c'est vraiment un outil incroyable que tu as à disposition pour aller à l'intérieur de toi-même, switcher ton ego et voir vraiment ce qui doit sortir de toi, mais le plus beau, tu vois la lumière, en fait. Tu passes d’abord par ton ombre et ensuite tu vas réveiller cette lumière qui est en toi, qui est cachée. Et ça, c'est le processus que te propose la plante. Mais t'es pas obligé de faire ce processus là. Il y a différentes intensités.